Expérience

Expérience : Le canal des 2 mers / Toulouse – Montpellier

Expérience : Le canal des 2 mers / Toulouse – Montpellier

4 jours / 250 km / 3096m D+

Le réveil est dur ce matin, la soirée a été arrosée en vin et en pluie. Il pleut toujours des cordes. J’enfile ma tenue de pluie et démarre cette nouvelle trace. C’est l’heure de pointe à Toulouse. Ayant l’habitude de fuir les grandes villes pour privilégier les nuits à la belle étoile, j’ai fini par en oublier ce type de détail. Je suis étonnée de constater le nombre de vélotafeurs bravant le vent et les trombes d’eau ce matin.

Je n’ai aucune photo de la journée car j’ai préféré mettre mon précieux à l’abri, de toute façon cette pluie ne rend rien photogénique.

Dès la sortie de Toulouse, la trace se gâte. Au revoir les pistes, bonjour les chemins. Je me traîne sur plusieurs kilomètres dans un fameux mélange de boue et de brisures de tuiles. Ingérable! Je finis par pousser mon vélo, la journée va être longue. Ma tenue commence à prendre l’eau à travers la pare-pluie.

J’hésite à chaque intersection à la recherche d’un chemin plus praticable, rien. La boue s’amasse dans les étriers, le freinage est médiocre, la roue se coince. Mes chaussures sont noyées, je sens la peau de mes pieds se friper. Mon casque goutte sur mon visage à chaque pas. Insupportable!

Je trouve un abris le temps de vérifier les prévisions météos du jour, aucune accalmie au programme. Je vais devenir folle! C’est décidé je rejoins la gare la plus proche et je chope le prochain train. Le train me dépose à 7km de ma cabane pour la nuit, 7 longs kilomètres sous la pluie entre chemins de terre, chemin de pierres, champs d’herbes hautes, route nationale… J’ai même croisé une petite rivière au dessus de laquelle j’ai du sauté avec mon vélo chargé dans les bras. Je vous laisse imaginer la scène… Un coup à maudire les GPS de vélo!

Le village est isolé et presque désert; j’entre dans une boulangerie à 5 minutes de sa fermeture et je remplis mes sacoches de toutes les victuailles restantes histoire de tenir la journée et la matinée de demain. Une bonne douche bien chaude, les fringues sur le radiateur et moi sous la couette avec une BD de Gaston Lagaffe. Je somnole et constate à chaque ouverture d’oeil que la pluie ne faibli pas. J’ai bien fait de prendre le train, mes nerfs n’auraient pas tenus une journée entière de VTT en VTC qui plus est sous la pluie.

En discutant avec mon hôte, je comprends rapidement que c’est toutefois ce qui m’attend sur les 100 prochains kilomètres. Gloups!

Au réveil : pas de pluie, un froid glacial, le thermomètre annonce 2°. J’enfile les vêtements secs et chauds qui ont passé la nuit entre les lames du radiateur et je reprends la route.

Ça sera une journée gravel et VTT sous un ciel clair et froid d’hiver. Cette journée est un régal, le terrain est ludique sans être trop technique. Je suis habituellement tendue sur des traces de VTT mais je sens mon niveau, plutôt bas, progressé de kilomètres en kilomètres. Je lis mieux le terrain, je gère les réactions du vélo, je prends des risques, je m’amuse!

Les paysages sont sublimes. Je passe les écluses dans l’autre sens désormais, je prends même le temps de m’arrêter pour voir comment se passe le passage des bateaux et des péniches. Je suis à nouveau en voyage, ça fait du bien. Le voyage à vélo est une série de montagnes émotionnelles, vous pouvez adorer et maudire ça dans la même journée, dans la même heure.

Cette nuit je dors sur une maison flottante, c’est une première. Le propriétaire, boulanger, m’a préparer des boules de pain pour mes repas. Cette attention me remplit la tête et le ventre. Je file à l’épicerie du coin pour acheter du fromage de la région et de la bière. Il y a le wifi, ce soir je m’offre le luxe de manger au lit devant un film. Un oeil à la météo, le retour de la pluie, un vœu pour que la pluie soit décalée à la nuit prochaine.

La pluie se fait sentir aujourd’hui me ne tombe pas; seules quelques timides gouttes s’invitent au programme. La trace du jour est composée de chemins gravillonnés de très mauvaise qualité, vent de face, douleurs aux mains. Heureusement les paysages sont là, c’est superbe encore une fois.

Cette nuit je dors à bord d’une péniche, c’est une première aussi. Je dois laisser mon vélo à terre, je passerai ma nuit à rêver qu’on me le fauche. Toutefois, mon vœu d’hier au sujet de la pluie a été exhaussé, les orages sont tombés cette nuit et les conditions sont claires.

Je vérifie la présence de ma bicyclette, j’enfile un petit déjeuner gargantuesque et je reprends la route pour cette ultime journée de voyage.

La route est impraticable depuis les orages de cette nuit, je tente pourtant de m’acharner mais mes roues se bloquent et la boue s’accumule à nouveau. C’est décidé j’arrête de suivre ma trace à partir d’ici. La demi-heure passée ce matin à nettoyer mon vélo m’a vacciné. C’est ma dernière journée, je veux l’apprécier. Mon chemin croise une pancarte de l’Eurovélo 8 : la mediteranean route.  Je sais d’expérience que les véloroutes sont en bon état. Je verrais bien où celle-ci me mène, je suis confiante.

Quel délice de rouler sur de la piste ! Certains passages sont un peu chaotiques mais rien en comparaison de ce que j’ai eu à traverser jusqu’à aujourd’hui. Un passage longe une voie rapide mais avec un petit effort de concentration les marais sur la droite sont plus attrayants que les bolides consommateurs de pétrole sur ma gauche. Au loin, j’aperçois le soleil reflétait sur la mer, d’ici quelques kilomètres j’y serai !

Voici la mer ! J’en suis émue, j’ai quitté l’Atlantique il y a une semaine et voici la Méditerranée. Je ne saurais pas expliquer précisément ce que je ressens mais ça ressemble à de la fierté. La voici, face à moi, tumultueuse des orages passés et de ceux en préparation. Le ciel est noir, il contraste avec le bleu et la brillance des éclaircies à la surface.

Au loin, sur la piste, j’aperçois Sète. Je devrais déjà avoir rejoint cette ville, qui est l’étape centrale de ma journée, depuis des heures mais les caprices du terrain, les erreurs d’itinéraires et les crevaisons ont eu raison de mon avancée.

Sète respire les vacances, le bord de mer, les touristes, les pistes cyclables… C’est une ville très agréable. Je r[evasse et crac ! Nouvelle crevaison !

Je suis rodée désormais, je m’arrête, démonte ma roue, mon pneu… Un homme me propose de m’accompagner jusqu’à un shop à proximité car « Ils sauront réparer le vélo », ce geste est probablement rempli de bienveillance mais il a le don de m’agacer. Je suis une femme, je suis seule, je suis à vélo mais je suis équipée, je suis compétente, je vais réparer mon vélo moi-même.

Chambre à air réparée, je me remets en route. Je longe le port, crac ! Crevaison ! Mes nerfs commencent à lâcher face à cette journée sans fin. Même roue, même routine, je repars. Il est déjà 16h00, j’ai fait péniblement 45km depuis ce matin. La véloroute prend fin et elle a rallongé mon trajet, l’orage arrive droit sur moi, il me reste 50km à partager la route avec les voitures, l’envie n’y est plus. Je me répète que l’on n’a rien donné tant que l’on a pas tout donné mais je ne tire plus de plaisir de ce voyage, l’heure a sonné.

Je croise une gare, je regarde les horaires par curiosité, dans 20 min il y a un train pour Montpellier, je peux faire en 16min les 50km qu’il me reste à faire sur route (partagée avec les voitures). Sète est la dernière gare avant Montpellier. Trop tentant, j’achète un billet !

Cette aventure m’aura fait grandir à bien des aspects. Je suis plus autonome face aux réparations et réglages de mon vélo. Je sais que l’entrainement est la clé d’un moral d’acier sur selle. J’ai progressé en VTT je pense même me mettre aux événements rando de ma région dès mon retour. J’aime toujours la solitude et l’introspection mais de la compagnie m’aurait fait le plus grand bien lorsque les conditions se déchaînaient.

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