Expérience

Ma deux roues, il faut que je vous parle d’elle

Voici un extrait du discours de Jacques Gamblin au sujet du climat.

Rouler, rouler… Pédaler !

Pédaler encore et encore avec ma deux roues, oui, il faut que je vous parle d’elle.

De mon grand amour, la deux roues. Que je chevauche depuis tant d’années sous tous les cieux. Rouler, rouler à tout va. Rouler à tous vents, d’Ouest, de noroît, de suroît, ceux qui ont du souffle et de l’ambition. Ceux de chez moi qui m’apportent les bonnes nouvelles du monde. Ceux qui vont plus vite qu’ailleurs, qui ne laissent pas de traces et réinventent le ciel. Ciel poussé par le ciel. Ça bouge, ça s’envole, ça fuit, foule, défoule et renverse. Ça explose et ça gueule. Entier et sans entourloupe, ça a traversé tout un océan pour sculpter la pierre. Inventer les reliefs et les caractères.

Oui rouler, rouler, rouler. Rouler sur ma deux roues pour faire fondre la boule que j’ai au fond du ventre et toucher du doigt les jours meilleurs. Rouler, pousser sur le quadriceps, faire remonter les vapeurs de mes désirs et de mes impatiences pour les traduire en énergie positive. Depuis plus de 30 ans, je locomotionne la ville au quotidien avec elle. Je roule et déboule sur le grand ruban gris. Près de tout, loin de rien. Elle m’emporte et me rapporte, à jeun ou bourré, où je veux, quand je veux. Je file, me profile et me faufile entre les tôles, zigzague et m’insinue, me brèche et m’interstice. Prince du bitume, je gagne du temps, de l’énergie, de la fantaisie des chemins et des itinéraires. Me joue des Etoile, des Bastide et des Concorde aux heures de pointe. Fais bisquer les nerveux, nargue les prétentieux et réinvente la ville. Pluie, grêle, neige, soleil à tue-tête. Je respire du carbonique, certes mais pas plus ni moins que les solitaires dans leur cage de fer, c’est vérifié. Et surtout, je m’amuse.

Ma deux roue m’a sauvé et je me sauve avec elle. Je me croyais condamné et captif de la cité, elle a fait repoussé mes ailes fanées.

Mais vous n’avez pas froid en hiver ? Non madame, jamais froid. Je régule mon chauffage à l’intensité de mes efforts.

Mais vous n’avez pas trop chaud l’été ? Non monsieur, je circovolutionne moins vite et le tour est joué.

Mais vous ne transpirez pas avec votre sac sur le dos ? Non madame, il a sa cagette le sac, à l’arrière. C’est un petit 2 pièces ma 2 roues. J’y transporte tout. Des sacs et valises, des bois et matériaux, des tringles à rideaux, des vases de Chine, des oléagineux, des boules de cristal, des huiles essentielles et des pensées aériennes. Et puis avec le temps, j’ai adopté sa famille, ses sœurs et ses cousines. La pliante qui prend le train sous mon bras, la de course, la tout terrain, la tout chemin, pour le loisir, le sportif ou le contemplatif, selon l’humeur ou la nécessité.

Mais vous n’avez pas peur avec toute cette circulation ? Non monsieur, c’est eux qui ont peur de moi. Et plus nous serons nombreux et plus ils auront peur de nous, jusqu’à plus de peur du tout car un jour, il n’y aura que nous et le Français dépressif aura le sourire en liberté. Essayer, c’est l’adopter.

Mais quand même c’est dangereux ? Non Madame, ça aussi c’est vérifié. Le moins dangereux des moyens de locomotion individuel.

Et les feux rouges c’est emmerdant, ça casse l’effort non? Oui Monsieur, je suis d’accord ça casse l’effort, c’est pour ça que je les brûle.

Mais quand même, c’est dur ? Non Madame, ce sont les 4 premiers tours de roue qui sont durs. Après les jambes se dévergondes et s’envolent. Et puis si vraiment c’est dur c’est que vous n’avez pas la bonne 2 roues. Changez-en. Quand on ne vous aime pas, il faut partir. Pourquoi faire dur si on peut faire facile.

Oui Madame, oui Monsieur, la femme est l’avenir de l’homme écrivait Aragon, maintenant les temps ont changé : c’est la 2 roues. Toute forme et tout concept, tricyle, quadricycle, quincycle, sexcycle, autogénérateur d’énergie. Les chercheurs cherchent, ils vont trouver si on ne leur met pas des bâtons dans les roues.

Nous ne sommes qu’au début du cycle du bicycle. Rigolez, vous verrez. C’est en peloton que nous roulerons vers des zones conservées, protégées des agressions particulaires. Les poumons gonflés d’air vicié, la mission de ces rouleurs planétaires sera de rejoindre des espaces sains, se vider et se remplir d’air pur. Repartir vers le pays pollué, se vider du bon air, se remplir d’air vicié. Et recommencer. Chaque être humain deviendra ainsi  un porteur d’air comme le tour de France a ses porteurs d’eau. Formidable non ?

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