Portrait

Portrait de bikepackeuse : Jeanne L.

Portrait de bikepackeuse : Jeanne L.

Voici le portrait de Jeanne, tout juste 30 ans. Ça n’est presque pas exagéré de dire qu’elle est parvenue à faire du vélo avant de marcher ! Découvrez à travers son portrait cette pétillante bikepackeuse.

Tes débuts sur un vélo

Ce sont surtout ces dix dernières années où ma pratique n’a fait que s’intensifier : mon arrivée à Paris, la découverte des joies du « vélotaf » et la rencontre de nombreux cyclistes passionnés.

Ton premier 100km

Mon premier 100 km était plutôt un 200 km en fait, la célèbre cyclosportive du Levallois-Honfleur en septembre 2012. Adepte du VTT depuis longtemps, je n’avais cependant jamais pratiqué la route. Première expérience cyclo sur un vélo tout neuf plutôt typé « fitness » [comme ils appelaient dans l’temps] avec un guidon droit. Mes mains, non habituées à un effort aussi long sur un vélo que je ne connaissais pas, s’en souviennent encore !

Ton premier voyage à vélo

Le GR65 à VTT [ou plutôt le chemin de Saint-Jacques de Compostelle pour les pèlerins s’y rendant à pied], du Puy-en-Velay à Saint-Jean-Pied-de-Port avec ses sept départements traversés, ses 800 km et près de 15 000 mètres de dénivelé. Le parcours est incroyablement varié passant de paysages de cartes postales à de petits villages pittoresques, le tout loin des grandes routes et des voitures. Pour cette première expérience, nous avions joué la carte grand confort en profitant de la présence de nombreux gîtes sur le parcours. Nourris tous les soirs de spécialités locales et logés généralement dans de grands dortoirs spartiates avec les autres marcheurs du chemin, nous avons fait plein de rencontres et partagé de chouettes soirées.

Ton prochain voyage à vélo

Il est pour tout bientôt et il sera très dépaysant car nous partons à l’assaut de la Ruta Mala à Cuba [la mauvaise route en espagnol]. Je vous laisse deviner le genre de route que nous allons emprunter! Un Cuba qui s’annonce épique et surtout hors des sentiers battus. Départ prévu pour Janvier 2019 ! (Pour les curieux : itinéraire dégoté le site référence du bikepacking et où je pourrais passer des heures lors de longs dimanche pluvieux )

Seule ou accompagnée

Plutôt accompagnée ! Je suis très bavarde et du coup, seule, je m’ennuie beaucoup ! Lors de ma dernière expérience vélo sur la French Divide [NDLR: je vous invite à aller voir la vidéo de Jeanne sur ce lien] , j’ai adoré partager la route avec d’autres participants : les longs kilomètres à refaire le monde, les soirées bivouac sauvages en mode colonie de vacances… Sur les trois derniers jours des douze jours de l’aventure, je n’ai vu personne et c’était particulièrement dur sur la fin mentalement. J’avais besoin de retrouver du monde. Je suis plutôt dans le partage dans les voyages à vélo mais je dois bien avouer que mon âme de compétitrice reprend le dessus sur des épreuves à la journée. J’aime aller vite et me dépasser !

Ta plus grande joie à vélo

Ma plus grande joie à vélo est l’incroyable sensation de liberté car on a l’impression que tout est possible. C’est l’aventure et le cerveau déconnecte des tracas quotidiens. On oublie tout et on ne pense qu’à rouler, manger, dormir, découvrir, échanger… Un vélo, des sacoches, mon partenaire préféré de route, et je suis la fille la plus heureuse du monde.

Ta plus grande peur à vélo

J’ai très peur des automobilistes depuis que l’un d’entre eux me soit rentrée dedans il y a un an. Un moucheron l’aurait soi-disant distrait sur son pare-brise et il ne m’aurait pas vue… Très certainement un stupide prétexte pour ne pas dire qu’il était sur son téléphone. Il est vrai que les cyclistes ne sont pas toujours très responsables mais les automobilistes font des généralités et sont souvent très agressifs. Nous n’avons pourtant pas de carrosserie…

Une femme que tu admires dans le monde du vélo

Il n’y a pas une seule femme que j’admire dans le monde du vélo, mais un paquet de copines ! Toutes plus à l’aise les unes que les autres avec leur monture. Elles se reconnaîtront. Sur les longues distances, les femmes sont sans conteste les plus endurantes et les plus organisées. Elles excellent et parviennent à leurs fins sans se mettre dans le rouge.

Girls, keep going!

Ta photo préférée

Ma photo préférée a été prise par mon homme lors de notre dernier voyage en Islande [NDLR: Idem allez jeter un oeil à cette vidéo ], le genre de destination qui a un côté inclassable, insolite où l’on se dépasse physiquement et mentalement. Vous vous imaginez bien que c’est le paradis pour les amoureux de la nature et les cyclistes. Dès la sortie de la capitale [environ 1/3 de la population islandaise], le décor est planté avec de grandes étendues sauvages, des formations montagneuses démesurées et des moutons comme compagnons tout au long de la route. Les déclinaisons de couleurs sont infinies, du gris pour les montagnes, du marron pour les routes, du vert pour la mousse, du rouge pour la roche volcanique, du noir pour les coulées de lave, du bleu pour la glace… Les décors changent constamment et on en prend plein les yeux. On serpente entre des cascades, de gigantesques glaciers, des canyons vertigineux, des lieux où tout fume, vibre, explose, bouillonne. Je compare les lieux à des décors de cinéma tellement les lieux semblent bourrés de trucages et effets spéciaux. Certes on y respire parfois une odeur pas très agréable de soufre, semblable à de l’œuf pourri, mais quel spectacle ! Les jours se suivent mais ne se ressemblent jamais.

Plutôt route, chemin, VTT

Itinéraires tout terrains, chemins forestiers, pistes gravillonneuses, singles qui tournent dans tous les sens… J’aime taper dans la pente, casser du caillou, jouer avec le vélo dans les descentes. Vous l’aurez compris, j’aime les endroits « nature », non fréquentés et loin de la circulation.

Plutôt hôtel, camping ou belle étoile

Plus le temps avance et que je commence à cumuler quelques expériences et plus j’aime l’imprévisible : ne rien programmer, s’arrêter quand on en éprouve le besoin ou lorsque l’on trouve le spot parfait pour dormir [que ce soit l’hôtel, le gîte, le camping ou le bivouac sauvage]. C’est quand on ne cherche pas particulièrement que l’on est agréablement surpris. Il faut juste laisser la magie opérer ! Mon bivouac le plus insolite restera sans aucun doute la nuit passée seule dans une église dans un petit village du triangle des Bermudes français [NDLR: Encore une superbe vidéo ]. 23h, 10°C, petit village de Borée perdu à 1200 m d’altitude, et les portes grandes ouvertes de ce sanctuaire de paix.

Malgré tout, je reste très sensible au confort d’une toilette le soir. Cela peut-être une douche au camping ou un robinet dans un cimetière, peu m’importe, j’ai du mal à me passer du petit débarbouillage après une longue journée de rando!

Et si il pleut

S’il pleut et que je suis sur un voyage à vélo, il faut continuer à braver les intempéries. Par contre, s’il s’avère que j’avais prévu de rouler un dimanche et que les éléments se déchaînent dehors, je reste au chaud sous la couette et me nourris de récits de voyageurs à travers le monde.

Un accessoire préféré

Mon accessoire préféré est sans hésiter mon appareil photo. Je ne pourrais jamais me passer de ce formidable outil, fabricant de souvenirs. Une panne de batterie, une carte mémoire saturée ou un dysfonctionnement quelconque et c’est ma mort ! J’adore par dessous tout retranscrire par le biais d’images ce que j’ai vu et ressenti à mes proches.

Petite anecdote lors de la French Divide pour prouver mon obsession : suite à un magnifique et très propre « OTB » [« Over the Bar »], je m’en sors indemne mais casse la fixation poitrine de ma GoPro… Dans ma tête, c’est la catastrophe car je ne pourrais plus filmer mes péripéties tout terrain sans cet accessoire. C’est bête mais le voyage n’aura plus la même saveur… Heureusement trente kilomètres plus loin, c’est la ville d’Autun et le rayon électronique du Leclerc qui me sauve. En tout cas, mes compagnons de route auront bien rigolé que je me soucie plus de ma caméra que de ma propre personne.

Je me soucie plus de ma caméra que de ma propre personne.

Un conseil pour les bikepackeuses

Il est primordial d’emmener avec soi une bonne monture, et qui plus est, préalablement bien testée : un vélo sur lequel on se sent bien et sur lequel on pourrait faire le tour du monde !

Bien tester aussi l’ensemble son matériel avant de partir : sacoches, vêtements, duvet, matelas…

Ne pas lésiner sur la petite quincaillerie, la ficelle et les tendeurs pour parer à toute casse. On a vite fait de se trouver vraiment dans l’embarras en plein milieu d’un « No Man’s Land »

Selon vos choix de parcours, il se peut que n’ayez que très peu de points de ravitaillement. Je conseille de noter dans un petit carnet de route ou une sur une simple feuille Excel pliée en quatre toutes les possibilités en termes de boulangeries, supermarchés et restaurants. On ne plaisante pas avec la nourriture !

Cycliste repu, cycliste heureux!

Ne pas hésiter à suivre ses rêves et surmonter ses doutes. Nous, les bikepackeuses, sommes beaucoup plus fortes que nous le croyons!

Un dicton dans la vie

« Vis heureux aujourd’hui car demain il sera trop tard ! »

N’hésitez plus ! Sortez, voyagez, profitez des petits bonheurs du quotidien et des gens que vous aimez.

Ce qui est très très dur, rend très très fort…

Ton voyage idéal

Si j’avais une année à tuer, voir plus, nous partirions relier l’Alaska à la Patagonie à vélo. On débuterait la route par la célèbre Great Divide, la plus longue piste tout terrain du monde [4400 km] qui traverse les Etats-Unis du nord au Sud. Puis on traverserait l’Amérique du sud en suivant la mythique Cordillère des Andes : notamment la route des Incas au Pérou, la route de la mort en Bolivie et la Carretera Austral au Chili. Le point de chute final serait Ushuaia en Patagonie. Autant de noms qui me donne des frissons !

Le voyage idéal, c’est rouler en pleine nature, en montagne, sur des chemins forestiers, des routes secondaires faites de terre battue ou de gravier, souvent dans des régions éloignées et en totale autonomie. Mais ce serait aussi un voyage qui évolue par le hasard des rencontres.

Tu te lances quand

On a d’autres projets pour le moment ! Mais un jour j’espère !

 

Crédit photos : Jeanne Lepoix, Arthur Richard et Milo Pix

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