Portrait

Portrait de bikepackeuse : Louise R

Portrait de bikepackeuse : Louise R
Voici le portrait de Louise, 27 ans. Louise s’est mise au vélo un peu sur le tard, il y a 3 ans pour être précise. [Mais Louise qu’as-tu fait pendant 24 ans ?! 🙂 ] Elle se rattrape désormais en en faisant un compagnon au quotidien: vélotaf, randonnées, engagement militant et voyage à vélo. A côté de ça, il lui reste un peu de temps pour être responsable communication pour un réseau de bars à bières et de restaurants. Elle est flamande et un poil hyperactive! Elle a besoin de faire, d’apprendre, de bouger, de rencontrer, de découvrir… et le vélo est son moyen de réaliser tout ça !
Ton premier 100km
Mon premier 100 kms, je l’ai fait avec mon frère en 2015… Je n’avais jamais vraiment fait de vélo, on avait un week-end prolongé à tuer et pas beaucoup de moyen, alors on a décidé de faire Amsterdam – Lille à vélo. On s’était fixé un objectif de 70-80 kms par jour…. bon. On a fait 117 la première journée, et c’était pas loin de l’enfer ! On était équipés n’importe comment: avec des sacs à dos, des vélos de récup’, google maps pour faire office de GPS… on a fini la journée dans le noir, sous la pluie, sans lumière et sans téléphone.
En arrivant le soir, je me suis dis : je pourrai jamais remonter sur le vélo ! Il restait 4 jours de route, il fallait continuer… Finalement, le lendemain, les jambes et le moral étaient au rendez-vous. Je pense que le fait de rouler avec mon frère m’a beaucoup aidée aussi, parce qu’il me chambrait, me poussait… et par fierté, il fallait que j’y arrive!

Ce que je retiens de ce voyage… le vent ! Les pays-bas, c’est plat, mais oufti [NDLR: Expression belge pour marquer la surprise] il y a vraiment beaucoup de vent. Et puis les canaux, les moutons, Utrecht que j’aime beaucoup… c’était gai.
Ce que je retiens aussi ce sont les erreurs qu’on fait tous je pense les premières fois… On est partis tous les deux avec des énormes sac à dos sur les épaules. Bon. Après une journée, on n’en pouvait plus !
Ton premier voyage à vélo
Finalement l’année suivante, je suis partie seule faire un Amsterdam – Budapest. J’avais récupéré un VTC Nishiki pas trop cher, chargé comme une mule. Il pesait une quarantaine de kilos. Et j’ai adoré! J’ai fait une grosse semaine toute seule pour traverser l’Allemagne, j’ai retrouvé des copains sur la route, et puis j’ai roulé plus tranquillement pour rejoindre Budapest et le Sziget festival.
J’ai découvert que j’adorais rouler le matin, au lever du jour : tu vois la nature qui se réveille, les oiseaux qui sortent, le ciel qui change de couleur à vue d’oeil… j’adore. J’ai également certains petits plaisirs: les pâtisseries la journée et la bière le soir. Quand tu te poses, que tu as bien roulé, que tu es rincée…. cette bière-là, elle est parfaite !
Par contre je ne suis pas quelqu’un de très organisée (à vrai dire je pense que c’est volontaire). J’avais un point de départ, je devais voir des potes à Berlin, puis je devais arriver à Budapest. C’est tout ce que je savais, je n’avais pas réfléchi précisemment à mon itinéraire. J’avais un Google Maps qui m’a joué quelques tours, en me pommant dans une forêt – où j’étais censée traverser…. un torrent – ou en me traînant à travers champs. A ce moment-là, j’étais pas prête. Mais c’est comme ça que j’ai appris !
En Allemagne, j’ai fait quelques rencontres, j’ai roulé un peu avec d’autres cyclistes là-bas. Les aménagements étaient vraiment parfaits, même sur les nationales il y avait toujours un terre-plein pour séparer la route. Je dormais en camping principalement (j’avais trouvé de super campings municipaux, avec défilés de sandales-chaussettes, currywurst et tout le tintouin !)
Je fais un boulot qui me demande beaucoup d’énergie, d’être tout le temps en contact avec du monde, du coup partir seule comme ça m’a permis de vraiment déconnecter, décrocher et me recentrer. Et c’est devenu une nécessité… L’année dernière c’était Allemagne, Danemark, Suède et une petite ile Bornholm (génial d’ailleurs). Et puis cette année la France, la viarhona, l’Auvergne, le Périgord, le Pays Basque…
Ton prochain voyage à vélo
L’année prochaine ! J’attends les étés avec impatience pour pouvoir reprendre cette belle bulle d’oxygène. En général, je prévois un mois maxi avant de partir, selon les copains que je peux croiser et selon l’envie du moment. Je pense qu’il y aura la Tuscany Trail avec les copains en juin, et ensuite peut-être le Portugal. Une partie seule, et une partie avec Kari, ma nana !
Seule ou accompagnée
Pour les raisons que j’ai évoqué plus haut notamment, j’ai besoin d’avoir une partie du voyage en solo. Parce que j’ai besoin de me retrouver, de rouler à mon rythme pour pouvoir dépasser mes propres limites. Je cherche chaque année le point où je bascule, où je décroche, où je débranche le cerveau et je passe en automatique. Le point où tu pédales, droite, gauche, sans penser à rien d’autre. Où tu te sens bien, où les paysages défiles, tu vois ? [NDLR: Oh oui!]
En fait ce que j’aime, c’est de pouvoir faire une partie seule, et de pouvoir rejoindre des copains pour terminer ensemble. Papoter, prendre plus le temps, et puis se soutenir dans la difficulté, aussi !
Ta plus grande joie à vélo
Ce que j’aime dans le voyage à vélo, c’est ce que j’expliquais plus haut, ce point où je bascule. Et puis la temporalité, aussi : plus lent que les trains et bagnoles, pour te permettre de déguster le paysages ; mais plus rapide que la rando, pour changer 5 ou 10 fois de décor dans la même journée. C’est gai !
Et puis ce que j’ai découvert cette année avec un projet qu’on lance avec des amies ( vaimapoule ), c’est la liberté et la joie que le vélo peut procurer. On a commencé il y a quelques mois à emmener des migrants, réfugiés, exilés sur des randos à vélo. 50, puis 80, puis 130 kilomètres… la première sortie que j’ai faite avec deux d’entre eux, Hassane et Ibrahim, c’était en février. Après la petite galère de sortie de ville, on commence à glisser, petit vent dans le dos, vers la campagne. Le vert. Le silence. L’horizon. Et j’entends derrière moi “Vive le vélo ! Vive le vélo! ” Les gars étaient euphoriques. On ne se rend pas ou plus forcément compte en utilisant le vélo au quotidien, mais c’est un formidable outil d’émancipation. Pour les personnes fragilisées, pour les femmes, pour les réfugiés. Une machine à liberté, une machine à sociabiliser, et puis une machine à rêver, aussi…

Une machine à liberté, une machine à sociabiliser, et puis une machine à rêver aussi.

Ta plus grande peur à vélo
Ma plus grande peur à vélo ce sont les automobilistes, et puis les camions. Chaque année je fuis les routes nationales et grosses départementales de peur de me faire accrocher… Il ne m’est jamais rien arrivé de grave mais Komoot m’a déjà emmenée… sur une autoroute! J’ai vite fait demi-tour !
Donc j’ai beaucoup appris là-dessus ! Maintenant je travaille plus mes tracés, je fais la base sur bikemap et puis je cherche les véloroutes existantes. Je croise parfois avec Kommot en mode Gravel, et j’avoue que cette année je n’ai pas été du tout déçue !
Une femme que tu admires dans le monde du vélo
En fait c’est un binôme. Lael Wilcox et Rugile Kaladyte. Lael est une sportive incroyable, avec un palmarès qui l’est tout autant. Elle est la première et unique nana qui ai gagné la Trans Am Bike Race, plus de 7000 bornes à travers les Etats-Unis… en 18 jours. Rugile est une photographe hors du commun qui l’accompagne sur ses courses et voyages pour lui tirer le portrait, tourner et monter des vidéos qui seront ensuite présentées sur des événements bikepacking, animer sa page Facebook… J’ai eu la chance de les rencontrer et de passer un peu de temps avec elles cet été, et ça a été une formidable leçon d’humilité. Et un shot d’énergie positive.

 

Ta photo préférée
J’en ai plusieurs en fait, une photo de mon premier vrai voyage (jusque Budapest) sur ce bon vieux Nishiki – j’étais tellement chargée ! Là j’étais quelque part en République Tchèque, ça grimpait sacrément mais c’était beau !
La deuxième photo, je contourne un peu. C’était pas vraiment un voyage, mais une rando d’une journée avec les gars. J’adore cette photo parce qu’elle illustre parfaitement ce que je disais plus haut. Cette émancipation, ce sentiment de liberté, cette joie partagée.

Plutôt route, chemin, VTT
Je suis plutôt chemin, petites routes, graviers… J’évite au maximum les nationales et les départementales, quitte à me perdre et à rallonger l’itinéraire. Parce que c’est ça que je cherche dans le voyage à vélo : des paysages, du fun… et je prends pas de fun sur les grandes routes.
Bon et après, je suis une flamande… alors je connais bien le plat, et j’aime ça ! Il y a un côté un peu bourrin, où tu es seule face à toi même, c’est juste toi et ton mental. Et j’avoue que ça me plait. Je grimpe peu, mais j’apprends ! et je commence à prendre bien du plaisir là-dessus aussi.
Plutôt hôtel, camping ou belle étoile
Quand tu as passé toute la journée dehors, sur la route, c’est HYPER frustrant de s’enfermer entre 4 murs. Alors pour moi, c’est dehors. Absolument. Quand je suis toute seule, je me met en général dans les camping, pour profiter d’une bonne bière et d’une bonne douche en fin de journée !
Ma nuit la plus improbable a dû être l’arrivée au Sziget festival avec le vélo (parce que tu peux circuler sur l’île du festival à vélo). J’ai dormi entre deux énormes scènes alors que je venais de passer trois semaines au calme sur le vélo… Ouais, ça c’était improbable !
Et si il pleut
Bon. En général, j’ai plutôt de la chance et j’ai quand même une majorité de grand soleil ! Mais quand il pleut, je mets le Gore-tex, le cuissard et je roule… Je fais des plus petites journées, mais je roule.
Je dors malgré tout dehors sous tente ou sous tarp.
Montre moi ton armoire à chaussures, je te dirais qui tu es

Ouf… j’ai 3 paires de vans et baskets de ce genre… Et 2 paires de chaussures de vélo 🙂

Un accessoire préféré
Ma petite casquette faite par ma copine Claire, de Ma Factory ! Super jolie, super pratique – notamment comme cet été, par temps de canicule ! C’est devenu un petit objet de superstition. Ça, et mes chaussettes…

Un conseil pour les bikepackeuses
Le premier conseil c’est de prendre son pied ! Je pense que beaucoup de monde essaiera de vous dissuader : quoi, mais tu pars seule ? en tant que nana ? mais tu n’as pas peur de te faire emmerder ?
Alors non… Je crois que voyager seule à vélo – même en tant que nana – c’est un excellent moyen de partir à la rencontre des autres, de soi, et des paysages. Alors prends ton pied, essaye d’y aller progressivement, d’augmenter petit à petit les distances et de jauger comment tu te sens… Mets toi des challenges, pour te dépasser, mais toujours en prenant du plaisir. Et surtout, essaye de voyager léger ! Le plaisir n’en sera que plus grand 🙂
Un dicton dans la vie
Mmh. Oui, une phrase de  Gina Valdes : “Hay tantísimas fronteras que dividen a la gente, pero por cada frontera existe también un puente. “
“Il existe tellement de frontières qui divisent les gens, mais pour chaque frontière, il existe aussi un pont.”
Et je crois que le vélo, c’est un sacré pont.
Ton voyage idéal 
Ah le voyage idéal! Je pense que ce serait une grosse traversée de l’Amérique Latine ! Sans contrainte de temps, du chemin et du gravel, des rencontres ! J’ai une amie, Elie, qui a traversé du Nord au Sud, et pas mal d’articles du magazine 200 qui me titillent sacrément depuis un moment.
Tu te lances quand
Euh… Allez, tu me laisses deux ans pour me préparer ? [NDLR : On se voit dans 2 ans pour que tu nous racontes ton périple!]

Crédit photo : Louise R. , Rugile K.  et Tuscany Trail .

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2 Comments

  • Patricia 26 septembre 2018 at 18 h 55 min

    Ah j’adore tout ce que Louise nous dit du vélo, et du voyage !! Absolument, totalement…..wow!!! J’espère vraiment que nos chemins pourront se croiser quelque part, un jour !! Merci pour ce magnifique portrait et tous ces mots remplis de magie !!

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  • Sophie Betancourt-Lemoine 13 octobre 2018 at 13 h 36 min

    Oui Patricia !!!! sentiment partagé, j’adore aussi tout ce que Louise nous dit là, comme j’ai adoré ce que tu nous a dis ( your fault if I took the FD roads last summer <3 ) et nous racontes de tes voyages, sacrées nanas, et j'espère comme toi que nos chemins se croiseront un jour, Patricia, Louise, Marine, Sophie et les autres …. 🙂

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