Portrait

Portrait de bikepackeuse : Sophie B.

Portrait de bikepackeuse : Sophie B.

Voici le portrait de Sophie, sérieuse mais pas trop. Sophie est, entre autre, prof et dessinatrice [mais pas dans cet ordre]. Vous la connaissez peut-être déjà sous le pseudo de Soph’ à travers ses planches dans le Magasine 200 ou sa page Les toujours ouvrables.

Tes débuts sur un vélo

Je crois que dès lors que j’ai été capable de rouler sans stabilisateurs, j’ai fait du vélo. Je ne tenais pas vraiment en place et vivant à la campagne, si tu ne veux pas t’enterrer, tu prends ton vélo pour aller voir ton pote qui habite le village à côté… puis ton amoureux qui a le bon goût d’habiter à 15 km de chez toi, au bout d’une nationale très dangereuse.

Ton premier 100km

Je devais avoir 17 ou 18 ans, et j’étais probablement seule parce qu’hormis les sorties avec un copain de bahut, je roulais beaucoup seule. C’était en Picardie, en été, sans raison particulière, si ce n’est le plaisir de rouler… et je crois que ça m’a rendue un peu fière à l’époque.

Voir la mer… Bray Dunes…

Ton premier voyage à vélo
Ça remonte à 6 ou 7 ans, je ne sais plus exactement… Je vivais à l’époque entre Lille et Nantes avec un musicien qui n’avait aucune envie, après avoir parcouru le monde en long en large et en travers, de partir en vacances où que ce soit, ou en tout cas, pas avec moi … La perspective de passer mes vacances à Nantes tous les étés m’est vite apparue comme insupportable (sachant qu’en plus je ne raffolais pas de la région)… J’ai donc décidé un été de rallier Cahors, où il se produisait en concert, à Juan les pins, où il en avait un autre quelques jours plus tard à vélo avec une petite remorque mono roue.
J’étais seule… Je me souviens avoir mal anticipé les étapes puisque la première fut bouclée en 3 heures, bien moins que prévu, et que je passai l’après midi à somnoler dans l’herbe en attendant que mon hôte sorte du boulot. En effet lors de ce premier voyage j’optai pour un mix d’hébergements : couchsurfing / copains / famille / camping.
Je garde de ce premier périple un souvenir ému, si ce n’est le désagrément des doigts engourdis encore longtemps après…
Il serait ensuite acté que je partirais seule 10 à 15 jours chaque année à vélo. Ce que je fis et fais depuis sans faillir.
Ton dernier voyage à vélo

L’été dernier, j’ai bouclé un Lille-Aix-les-Bains en trois jours pour aller voir des amis expatriés là-bas, puis j’ai enchaîné avec la traversée des grandes Alpes pour m’échouer à Nice et retrouver Alexandre Jan, un compagnon de route de la 1 ère French Divide que je n’avais pas revu depuis. Hormis un ou deux jours compliqués, météorologiquement parlant, ce fut juste un pied incroyable une fois encore. Et après une année laborieuse en terme de forme, j’étais heureuse d’avoir retrouvé mes jambes.

Et un col de plus… fierté un peu d’avoir vaincu.
Cet été, lors de la grande traversée des Alpes.

Ton prochain voyage à vélo
Tout est encore assez flou.
Je pense que je partirai entre Noël et le jour de l’an avec une poignée de copains dans le Kent, comme l’an passé afin de passer un réveillon tranquille loin de l’effervescence. Nous n’allons pas abattre des distances impossibles, et puis les jours sont courts, mais c’est toujours sympa de quitter nos terrains de jeu pour en envisager d’autres… En espérant une météo moins tempétueuse que l’an passé.
Seule ou accompagnée
Ce qui est compliqué quand tu roules en groupe c’est de trouver quelqu’un qui roule à ton rythme, trop rapide, tu t’épuises, trop lent, tu t’emmerdes. Pas évident…
Quand les conditions sont difficiles, je trouve agréable de ne pas rouler seule parce que l’on peut trouver en l’autre un soutien, une motivation là où seule la tentation d’abandonner, ou de s’arrêter pourrait être grande…
Mais j’aime énormément rouler seule, parce que j’ai régulièrement besoin de solitude, de cette respiration, de me recentrer, de ne pas être forcée de parler quand je n’en ai pas envie…
Je crois qu’en fait cela dépend avant tout de la personne qui m’accompagne.
J’ai besoin d’un équilibre entre les deux. Mais partir un mois avec quelqu’un à moins que ce ne soit l’amour fou, je ne suis pas sûre que ça ne me deviendrait pas pesant… J’ai parfois un besoin vital de repli et d’isolement.
Avec Clément et nos montures chargées à la veille du départ de l’ACT5,
il finira et pas moi, empêchée par mon genou… mais le sourire heureux
est celui des veilles de départ…
Ta plus grande joie à vélo
A vélo je ne me sens jamais encombrée de moi, j’ai l’impression que le corps s’oublie, que tout devient léger, comme si il n’y avait plus d’un côté le vélo et de l’autre ma personne. Juste l’impression de faire un avec la machine. Ensuite c’est le sentiment infini de liberté, ne rien devoir à quiconque, m’arrêter quand je veux, où je veux. Et puis la fierté d’avoir rallié ce point A à ce point B sans d’autre aide que celle des muscles et de la volonté.
Ma plus grande joie est d’arriver au bout de ce que j’entreprends, quitte à en baver, serrer les dents, mais ne lâcher rien, jamais, mais bon, je crois que c’est valable également dans ma vie.

A vélo je ne me sens jamais encombrée de moi..

Ton ressenti vis à vis de la communauté cycliste
Je ne sais pas, une espèce de fraternité, mais je parlerais plutôt de la communauté de bikepacker, parce que le cyclisme sur route, est régi par d’autres mœurs, et le rapport entre cyclistes n’est pas le même…
Le cyclisme tel que nous pratiquons est encore assez confidentiel je crois, le milieu est petit et de ce fait, tout le monde connaît tout le monde, j’exagère à peine…en tout cas il me semble qu’il y règne une solidarité et un bon esprit assez chouettes.
Ta plus grande peur à vélo
C’est très bizarre, je n’ai jamais eu peur et puis je me souviens il y a quelques années, durant une courte période, avoir ressenti une grande angoisse lorsque j’entendais une voiture arriver derrière moi, ce qui ne m’était jamais arrivé auparavant… cela a peu duré, mais ce fut pénible.
Ma plus grande peur à vélo c’est celle-ci, celle de l’accident, se faire faucher par un chauffard, il m’est souvent arrivé de passer à deux doigts de l’accident, c’est comme ça, les automobilistes n’ont aucune conscience de la vulnérabilité des cyclistes (sans parler de ceux qui se montreront délibérément dangereux). J’essaie de ne pas trop y penser…
J’ai changé ma pratique : délaissé la route pure pour une pratique plus axée gravel et surtout je fuis autant que possible les axes trop circulants…
2e French divide, délaissé le gravel, place au Salsa Fargo, le vélo idéal
pour l’épreuve ! Mais tellement heureuse d’y être.
Une femme que tu admires dans le monde du vélo

Laël Wilcox, Sarah Hammond, pas très original… celles qui sont capables de rivaliser avec leurs homologues masculins, mais surtout celles qui n’ont pas, comme moi, les chochottes de bivouaquer seules dans la forêt.

Ta photo préférée

Je crois que j’en voulais un peu à Sam de nous avoir, encore une fois, concocté
un tracé dantesque… Mais il y a surtout du bonheur et des copains sur cette
photo, donc l’essentiel. Ma préférée je crois.
Plutôt route, chemin, VTT
Gravel ou VTT, plutôt sur de petites routes, pas très fréquentées. Après si c’est roulant tant mieux, s’il faut pousser, je pousse, tant que le décor est joli, à vrai dire je m’en fous. Je perds pas mal de temps à m’arrêter prendre des photos ou juste m’extasier devant la beauté des choses.
Plutôt hôtel, camping ou belle étoile

J’ai tout pratiqué. S’il fait beau j’adore dormir dehors, surtout si l’endroit est joli et le ciel étoilé. Après j’ai besoin de pouvoir me débarbouiller, j’ai du mal avec le fait de mariner plusieurs jours dans mon jus sur les grosses épreuves… Il me faut donc a minima un cimetière, ou un camping. Enfin, lorsqu’il fait trop froid ou lorsqu’il pleut, j’ai tendance à rêver de me glisser dans un lit au chaud et au sec… Je suis désespérément frileuse, c’est un vrai problème, si ce n’est LE problème en ce qui me concerne… Et puis bon, même si ça me fait bien mal au bide de le reconnaître, je n’ai plus vingt ans, et je crois que je commence à prendre des habitudes de vieux niveau exigences de confort… si j’en ai un jour les moyens, je me dis que je finirai peut-être par opter pour la formule vélo-hôtel…

Et si il pleut
S’il pleut et que la température n’est pas proche de zéro, je serre les dents et j’avance. S’il fait froid en plus de la pluie, je serre les fesses et j’avance en claquant des dents, mais si vraiment c’est insoutenable:

Je pleure en me maudissant de ne pas avoir choisi tennis de table deuxième langue.

Dans tous les cas, il faut que je puisse me sécher à l’arrivée et me réchauffer. Le froid et l’humidité sont les seules choses qui peuvent attaquer mon mental et me faire abandonner une épreuve (blessure exceptée).
Un accessoire préféré

Jamais de casque sans casquette. Du coup j’ai des tas de casquettes cyclistes très chouettes.

Un conseil pour les bikepackeuses
Ne pas trop en emmener.
Ne pas avoir peur.
Se dire qu’on ira au bout, et kilomètre après kilomètre, avancer, même quand c’est dur.
Un dicton dans la vie
Je vis avec l’idée qu’il ne faut pas rigoler avec le temps… C’est à dire que je vis continuellement avec l’angoisse que les choses puissent s’arrêter brutalement et qu’il est impératif de passer le plus de temps possible avec les gens qui comptent vraiment… Tant qu’ils sont là, tant que je suis là.
Et sinon, un vrai dicton, ce serait… pas simple…
“Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait” [Mark Twain]
C’est pour moi l’idée de ne rien lâcher, jamais, quand on désire ardemment quelque chose, que ce soit à vélo ou dans la vie. Serrer les dents, avancer, un pas après l’autre, même si c’est difficile en ne perdant jamais de vue la fin.
Un non départ pour moi, sur la French Divide de cette année.
Jalousie, un peu.
Ton voyage idéal
La vie.
Mais sans les ravins à côté.
Tu te lances quand

J’y suis…je serre les dents, un pas après l’autre…

 

Crédit photo : Milo Pix et Sophie Brohard

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