Expérience

Vélodyssée : J5 Biscarosse – Vieux Boucau les bains 105km 997D+

Vélodyssée : J5 Biscarosse – Vieux Boucau les bains 105km 997D+
Le jour où l’expression “dernière ligne droite” a pris tout son sens!

Ce matin je prépare mon kit de démarrage pour la dernière fois de mon voyage, non pas sans une certaine émotion. J’y suis presque, “je n’ai jamais été aussi près” comme je me dis souvent. Je suis impatiente de terminer mon périple, pas dans le sens m’en débarrasser mais dans le sens l’accomplir.

La route de ce matin est globalement sans intérêt : plate, droite, bordée de voitures. Je croise toutefois quelques autres “cyclistes”, principalement des VAE. Ces quarantenaires bedonnant qui font leur journée en te doublant avec leur air satisfait… Mes pauvres, si vous saviez l’aventure que je suis en train de vivre!

Pendant ces nombreuses lignes droites, je me suis posée beaucoup de questions, j’ai réfléchi à de nombreux sujets. Sur moi… Ma vie… Ce que je veux en faire… Mais aussi des questions moins essentielles : Y a-t-il de la rosée sur le sable le matin? Pourquoi ramasse-t-on les crottes de chien mais jamais celles des chevaux ? Pourquoi les cheveux deviennent-ils blancs? De quoi les aveugles rêvent-ils?

Je m’offre une pause petit déjeuner (bis) à Gastes. La vue est captivante, l’atmosphère est sereine. C’est exactement ce qu’il me faut. Je termine ma dernière barre de céréales, ultime signe que l’aventure se termine.

Un déjeuner en tête à tête avec mon vélo à Contis. Astuce pour les voyageuses solo: si vous vous attablez seule à un resto. Prenez juste le temps de préciser que vous n’attendez personne et que vous êtes tout à fait capables de déjeuner seule sous peine de devoir patienter de looooooongues minutes avant que quelqu’un ne daigne prendre votre commande! Le tout généralement assorti d’un petit commentaire tout à fait essentiel!

Je commence à faire le bilan de ma progression et de ce que j’ai pu emmener de superflux dans mes affaires. Je suis probablement rodée car tout m’a servi dans mes sacoches. Certaines affaires m’ont peu servie, comme ma veste, mais je n’aurai pas pu m’en passer la nuit à l’extérieur.

Exception à mon bilan: ma boîte à outil! Aucune crevaison, aucun problème d’aucune sorte. Et là! Crac crac! J’aurai dû toucher du bois car ma chaîne vient de dérailler.

Je souris de ma maladresse, j’ai probablement changer de vitesse n’importe comment… Pas de panique, bien souvent je la remet tout en continuant d’avancer… Pas cette fois, je n’ai aucune idée de comment ça a pu arriver mais ma chaîne fait un escargot entre le pédalier et le cadre, le tout est tellement serré que l’ensemble est tendu et bloqué. Je n’ai jamais vu ça… Je tente de créer du mou pour faire repartir l’ensemble, d’abord avec délicatesse, rien. Avec une force modérée, rien. Je trifouille dans un sens, dans l’autre, rien. La violence ne résout rien mais je tente quand même, rien! Bor***, rien de rien ! Je suis au milieu d’une forêt en plein après midi sous le cagnard, la probabilité que quelqu’un passe par ici à cette heure est plutôt nulle. Y a pas, je dois y arriver! Je force, quitte à casser la chaîne (j’ai de quoi réparer), j’y met toute ma rage, rien! Même pas une toute petite amélioration! C’est en train de me rendre dingue! Les nerfs, la fatigue, je craque. J’envoie mon casque volé dans la bruyère. J’ai des envies de craquage, comme ces enfants qui se roulent par terre dans les supermarchés en claquant des pieds sur le sol. Je suis à 30km de la fin, l’idée de devoir continuer en poussant le vélo me flingue totalement! Un bon quart d’heure de bricolage passe. Et là, un gars passe à vélo. Alors lui, je ne l’espérais plus. Il s’arrête pour m’aider, j’ai de la chance il est grand et baraqué, il devrait pouvoir résoudre mon problème avec son petit doigt! Et bien non, lui non plus n’arrive pas à dénouer cette foutue chaîne! Par chance, sa fierté en prend un coup et il ne partira pas avant d’avoir réussi. Il force tellement que si la chaîne venait à lâcher il rejoindrait mon casque quelques mètres plus loin… Il parvient à défaire cet escargot et je prends la relève pour remettre le tout en place. Leçon du jour: ne jamais considérer que c’est acquis tant que tu n’es pas arrivée à bon port!

Ça y est: ma destination finale apparaît enfin sur un panneau! 12,1 km je les enfile tout en les savourant, partagée entre l’impatience de terminer et l’émotion  de la fin imminente de mon voyage.

Un rapide passage par la plage, mon endroit préféré ici, avant de rejoindre mes hôtes. Je tiens à ces derniers instants de solitude, ces moments qui n’appartiennent qu’à moi avant l’effervescence de mon arrivée. J’y suis arrivée, je sais que ça va en épater plus d’un, moi la première.

Je porte les marques de mon voyage. Je ne les trouvais pas glamour au départ mais aujourd’hui je les porte fièrement. “Les vrais savent”. Elles sont ma carte postale de la Velodyssée.

Ça y est, j’ai trouvé mon truc, ma passion, un passe-temps dont je ne me lasse pas. Plein d’aventure, nature, audacieux, mystérieux , plein de surprise, de beauté, de dépassement de soi, de rencontres: je suis bikepackeuse !

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2 Comments

  • Bastien 23 septembre 2018 at 23 h 58 min

    C’est carrément stylé ce que tu as fait ! Chapeau !
    Les photos sont magnifiques et le récit est drôle et captivant.

    ça donne envie de partir à l’aventure !

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    • Marine 9 octobre 2018 at 20 h 46 min

      Merci Bastien! 🙂

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